PROGRAMME DE LUTTE CONTRE LA TUBERCULOSE EN FRANCE

| | Envoyer à un ami

Télécharger | Imprimer

COMITÉ NATIONAL D' ÉLABORATION DU PROGRAMME DE LUTTE CONTRE LA TUBERCULOSE (2007-2009)

Pourquoi un programme ?

La tuberculose est, à l’échelle mondiale, un problème majeur de santé publique : 2 milliards de personnes, soit 30% de la population mondiale, sont infectées par le bacille tuberculeux (annexe1). Chaque année, 9 millions de personnes sont atteintes d’une tuberculose maladie dont 3,9 millions sont contagieuses. En 2004, le nombre de décès dus à la tuberculose était estimé à 1,7 millions (27/105) (rapport OMS 2006)(1). Plus de 80% de l’ensemble des patients atteints de tuberculose vivent en Afrique subsaharienne ou en Asie (annexe 2).

On distingue les pays à forte incidence de ceux à faible incidence. Ces derniers, dont la France, connaissent une diminution progressive de l’incidence moyenne de la tuberculose malgré une incidence élevée dans certains groupes de population et dans certaines zones géographiques (notamment dans les grandes villes). Plusieurs pays à faible incidence actualisent leur politique de lutte antituberculeuse (Royaume Uni, Belgique, Etats Unis…). Dans ces pays, les groupes de population originaires de zone de forte incidence sont parmi les plus atteints par la tuberculose(2). En France, l’incidence globale de la tuberculose était de 8,9/105 en 2005.

- Une priorité identifiée

La loi de santé publique d’août 2004(3) a placé la lutte contre la tuberculose parmi les priorités de santé publique, en l’inscrivant parmi ses 100 objectifs. Il s’agit, d’ici à 2008, de « stabiliser l’incidence globale de la tuberculose en renforçant la stratégie de lutte sur les groupes et zones à risque »(4).

- De fortes disparités

L’incidence moyenne de la tuberculose diminue régulièrement en France (de 60/105 en 1972 à 8,9/105 en 2005), de 3 % par an en moyenne depuis 1997. Cependant cette diminution est très inhomogène, les personnes les plus défavorisées et celles originaires de zones de forte endémie, font partie des personnes les plus atteintes.
Il existe de fortes disparités territoriales, les régions Ile de France, Provence Alpes Côte d’Azur (PACA) et Rhône Alpes totalisent plus de la moitié des cas déclarés en France. L’incidence est la plus élevée en Île de France et en Guyane.

- Une maladie à ne pas négliger

Bien que son incidence diminue depuis des décennies dans les pays industrialisés, la tuberculose demeure un risque sanitaire. Des observations l’ont montré, telle celle faite à New York où, à la suite d’un affaiblissement de la lutte antituberculeuse, l’incidence de la tuberculose a augmenté de 20% de 1985 à 1992 et la multirésistance a émergé. C’est par une politique active et volontaire dans le domaine sanitaire et social que la situation a pu y être redressée.
Alors que l’expérience clinique de la tuberculose diminue du fait de la baisse de l’incidence, il est indispensable de favoriser un recours aux soins rapide et de maintenir la qualité de l’ensemble de la prise en charge de la tuberculose.

- Une réflexion sur la politique vaccinale par le BCG

Le contexte épidémiologique français et les caractéristiques du vaccin BCG ont conduit à s’interroger sur la stratégie de vaccination généralisée et obligatoire par le BCG. La France remplit les critères épidémiologiques d’arrêt de la vaccination universelle(5) et de nombreux pays européens, ayant la même incidence de la tuberculose que la France, ne pratiquent plus la vaccination généralisée. A la suite d’une expertise de l’INSERM sur la place de la vaccination BCG dans la maîtrise de la maladie tuberculeuse (2004), le Comité technique des vaccinations (CTV) et le Conseil supérieur d’hygiène publique de France (CSHPF) ont émis en septembre 2005 un avis recommandant, une fois le renforcement de la lutte antituberculeuse mis en place, la suspension de l’obligation vaccinale par le BCG et la vaccination selon des critères d’exposition au risque de tuberculose(6).
Une éventuelle modification de la stratégie vaccinale par le BCG ne peut s’envisager que dans le cadre d’un renforcement de la lutte antituberculeuse. C’est pourquoi la décision de suspension de la vaccination par le BCG n’est envisageable que dans le cadre du lancement d’un programme de lutte contre la tuberculose adapté à la situation française.


- La recentralisation de la lutte anti-tuberculeuse

Les lois de décentralisation de 1983 avaient confié la mise en oeuvre de la politique de lutte contre la tuberculose aux conseils généraux. La recentralisation des compétences en matière de lutte anti-tuberculeuse est intervenue le 1er janvier 2006 (en application de la loi relative aux libertés et aux responsabilités locales du 13 août 2004). Dorénavant, la lutte anti-tuberculeuse relève de la responsabilité des préfets de départements. Ceux-ci passent convention avec les conseils généraux qui souhaitent garder la compétence (55 départements en 2006), ou habilitent des établissements de santé quand les conseils généraux ne souhaitent pas garder cette compétence (45 départements en 2006).
La recentralisation est née du constat des inégalités territoriales de la lutte antituberculeuse
Les moyens attribués aux services déconcentrés et aux collectivités locales pour assurer la recentralisation, dans de bonnes conditions, de la lutte contre la tuberculose ont été accrus pour être portés à plus de 50 millions d’euros. Ces crédits ont pour vocation de financer le fonctionnement des centres de lutte contre la tuberculose, de veiller à une bonne répartition de l’offre sur le territoire, de conduire des actions de formation et d’information.
Ce programme doit ainsi accompagner le processus de recentralisation et contribuer à une harmonisation des pratiques sur le territoire.

Les objectifs généraux du programme

L’existence de zones géographiques et de groupes de populations pour lesquels l’incidence est élevée incite à renforcer et adapter le dispositif de lutte contre la tuberculose.

Ce programme se fixe deux objectifs généraux :

- consolider la diminution progressive de l’incidence de la tuberculose maladie,
- réduire les disparités.

Ces objectifs généraux doivent être atteints en améliorant la formation et l’information, le diagnostic, la prise en charge, le dépistage de la tuberculose, la stratégie vaccinale, en maintenant un faible niveau de multirésistance et en adaptant le dispositif de lutte antituberculeuse aux nouvelles données épidémiologiques et socio-démographiques.

Quel programme ?

Ce programme dessine le cadre national de la lutte contre la tuberculose en France, ses principes, ses modalités et ses priorités. Il doit être décliné dans les régions en fonction des caractéristiques locales, épidémiologiques, socio-démographiques et des expériences acquises.
Il a été élaboré par des représentants de l’ensemble des acteurs de la lutte antituberculeuse, réunis au sein du comité national d’élaboration du programme national de lutte contre la tuberculose sous la présidence du Directeur général de la santé.
Le domaine de la recherche n’est pas développé dans ce document, qui vise principalement à décrire les modalités de la lutte antituberculeuse. Il n’en est pas moins vrai qu’il est fondamental pour l’avenir de disposer de nouveaux outils diagnostiques tant de l'infection latente que de la tuberculose maladie, de traitements plus performants, prescrits pendant des périodes plus courtes, de traitements pour les souches multirésistantes et d’un vaccin antituberculeux plus efficace que l’actuel BCG. Des études sur les nouveaux outils comme le test basé sur la détection d’interféron- sont à promouvoir.
Les mesures proposées sont jugées prioritaires. Elles n’excluent pas la réflexion dans d’autres domaines. Par ailleurs, diverses mesures, non détaillées dans ce rapport, sont d’ores et déjà en cours de mise en oeuvre (actions de formation, modification de la fiche de déclaration obligatoire…).
Au plan national, un groupe constitué autour de la direction générale de la santé, aura pour mission le suivi, l’analyse et l’évaluation des stratégies mises en place. Il proposera le cas échéant une réorientation des stratégies et si besoin une mise à jour du programme en fonction de l’évolution des données de la science et de l’épidémiologie de la tuberculose.

Les six axes de mise en oeuvre du programme :

Le programme est organisé en six axes au sein desquels des objectifs et des mesures à mettre en place ou renforcer sont décrites. L’état des lieux est rappelé dans chaque axe.

Axe 1 Assurer un diagnostic précoce et un traitement adapté pour tous les cas de tuberculose maladie

Axe 2 Améliorer le dépistage de la tuberculose

Axe 3 Optimiser la stratégie vaccinale par le BCG

Axe 4 Maintenir la résistance aux antibiotiques à un faible niveau

Axe 5 Améliorer la surveillance épidémiologique et les connaissances sur les déterminants de la tuberculose

Axe 6 Améliorer le pilotage de la lutte antituberculeuse
 



(1) http://www.who.int/tb/publications/global_report/2006/en/index.html
(2) Dans le monde, le nombre de personnes qui vivent en dehors de leur pays d’origine était estimé à 191 millions en 2005 (ces chiffres peuvent omettre un nombre indéterminé de migrants non légaux. State of world population 2006 report (UN population fund)
(3) Loi n° 2004-806 du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique
(4) Objectif n°38
(5) Définis par l’Union internationale contre la tuberculose et les maladies respiratoires (UICTMR), ils comprennent le taux d’incidence des tuberculoses bacillifères et l’existence d’un programme efficace de lutte contre la tuberculose.
(6) Avis du 30 septembre 2005 relatif à la vaccination par le BCG et au renforcement des moyens de la lutte anti-tuberculeuse en France


 

Lire l'article    Lire l'article

Grand public / Malades